Les Déportés du libre-échange

L'histoire récente du Mexique est l'illustration parfaite de ce qu'il faut faire si l'on veut... affamer un peuple. Depuis l'entrée en vigueur de l'Accord de Libre Échange Nord-Américain (ALENA) en janvier 1994, trois millions de petits paysans ont abandonné leurs fermes pour rejoindre les bidonvilles de Mexico ou tenter leur chance clandestinement de l'autre côté du Rio Grande, travailleurs pauvres dans l'agriculture ou les usines à viande états-uniennes. Alors qu'avant l'ALENA, le Mexique était auto-suffisant d'un point de vue alimentaire, aujourd'hui il dépend des États-Unis pour40% de ses aliments. En janvier 2007, il a connu les premières émeutes de la faim de son histoire, provoquées par la flambée du prix de la tortilla de maïs qui constitue l'aliment de base de la population. Pour expliquer cette évolution désastreuse, j'ai notamment filmé dans l'État du Zacatecas, à 700 kilomètres au nord de Mexico. D'après le dernier recensement, il y a aujourd'hui plus de Zacatecanos vivant aux États-Unis qu'à l'intérieur de l'État. Dans les villages sont restés les femmes, les enfants et les anciens, qui survivent grâce aux "remesas", l'argent envoyé par leurs proches qui ont émigré aux État-Unis. C'est à eux que je m'adresse dans la bande annonce, invitée à présenter mon travail lors d'une réunion organisée par l'UNORCA (un syndicat agricole adhérent de Via Campesina), dans le petit village de San Pablo. L'occasion de montrer que pour "nourrir les gens", il faut d'abord respecter les marchés locaux.